Jacques Darriulat

 

ESSAIS

 

 

 

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Introduction à la philosophie esthétique


    Première mise en ligne : 1er avril 2016
(souvent complété ou modifié)

 

 

 

PRINCIPES DE PHILOSOPHIE ESTHETIQUE

LA PEINTURE HOLLANDAISE AU SIECLE D'OR

LES FANTOMES DE L'OPERA

QU'EST-CE QUE LE NEOREALISME ?

LA STAR, LA VIVANTE ET LE SANS POURQUOI

ESTHETIQUE DU PARADIS TERRESTRE (1)

LE REALISME SELON CEZANNE

NOTE SUR WITTGENSTEIN

ENTRETIEN

CEZANNE ET LA FORCE DES CHOSES

MANTEGNA : ANCIENS ET MODERNES

LE TABLEAU ET LE MIROIR

LE JARDIN A LA FRANCAISE

REMBRANDT, BETHSABEE

PHILOSOPHIE ET RHETORIQUE

LES RELIGIONS DU LIVRE

DU CARACTERE A LA CARICATURE

QUELLE VANITE QUE LA PEINTURE...

LES GROTESQUES

LE ROSSIGNOL ET LA DIVA

LA STATUE AMOUREUSE

L'INTERPRETATION DE L'OEUVRE D'ART

DE L'IDEE DU BEAU A L'ESTHETIQUE

CARAVAGE ET L'OPERA

 

 


ON DEVRAIT DIRE...

Cette liste, hélas, est sans fin, et toujours à renouveler. Mon cher lecteur, j'attends tes propositions, tout en me réservant le droit de retenir les meilleures...
           
           
On devrait dire « salaires », et non « coût du travail ».
On devrait dire « cotisations sociales » et non « charges patronales ».
On devrait dire « capitalisme », et non « libéralisme » ni « néolibéralisme ».
On devrait dire « droits sociaux », et non « assistanat ».
On devrait dire « école privée », et non « école libre ».
On devrait dire « médecine privée », et non « médecine libérale ».
On devrait dire « Etat de droit », et non « Etat-Providence ».
On devrait dire « souveraineté nationale », et non « souverainisme ».
On devrait dire « solidarité », et non « charité ».
On devrait dire « stratégie d’exploitation », et non « culture d’entreprise ».
On devrait dire « classes dominantes », et non « élites ».
On devrait dire « marché européen », et non « union européenne ».
On devrait dire « tyrannie » et non « gouvernance ».
On devrait dire « normalisation panoptique », et non « open space ».
On devrait dire « crime raciste », et non « épuration ethnique ».
On devrait dire « récession », et non « croissance négative ».
On devrait dire « missiles guidés », et non « bombes intelligentes ».
On devrait dire « bombardement », et non « frappes chirurgicales ».
On devrait dire « négligence criminelle », et non « dommage collatéral ».
On devrait dire « manipulateur de l’opinion », et non « expert en communication ».
On devrait dire « assassinat des Juifs d’Europe », et non « Shoah ».
On devrait dire « recherche en histoire », et non « devoir de  mémoire ».
On devrait dire « idéologues salariés », et non « think tank ».
On devrait dire « groupe de pression », et non « think tank ».
On devrait dire « grèves », et non « mouvements sociaux » .
On devrait dire « pensée unique », et non « consensus ».
On devrait dire « noir », et non « black », et « Africain » (ou le continent d’origine, peu importe lequel)  et non « noir », et « Tchadien » et non « Africain ».
On devrait dire « crispation tribale » et non « revendication identitaire »
On devrait dire « viol collectif », et non « tournante ». 
On devrait dire « économie politique », et non « sciences politiques ».
On devrait dire « privilèges accordés à la richesse », et non « pause fiscale ».
On devrait dire « fraude fiscale », et non « optimisation fiscale ».
On devrait dire « exploités », et non « défavorisés ».
On devrait dire « classes dominantes  », et non « classes favorisées ».
On devrait dire « gardiens de la paix », et non « forces de l’ordre ».
On devrait dire « revendication sectaire », et non « communautarisme ».
On devrait dire « repli sur soi », et non « communautarisme ».
On devrait dire « xénophobie », et non « communautarisme ».
On devrait dire « déflation », et non « inflation négative ».
On devrait dire « surexploitation », et non « rigueur » ni, pire encore (parce que la morale s’en mêle), « austérité ».
On devrait dire « bourrer le crâne », et non « faire de la pédagogie ».
On devrait dire « raconter des salades », et non « faire de la pédagogie ».
On devrait dire « imposer sa volonté », et non « faire passer le message ».
On devrait dire « rupture unilatérale de contrat », et non « plan social ».
On devrait dire « démantèlement de l’outil de travail », et non « plan social ».
On devrait dire « démission du politique », et non « pacte de stabilité ».
On devrait dire « bourrage de crâne », et non « sensibilisation ».
On devrait dire « propagande », et non « éléments de vocabulaire ».
On devrait dire « régression sociale », et non « réformes sociales ».
On devrait dire « assassinat de la population civile », et non « dommages collatéraux ».
On devrait dire « blablabla », et non « storytelling ».
On devrait dire « noyer le poisson », et non « contextualiser ».
On devrait dire « capitalisme », et non « économie de libre entreprise ».
On devrait dire « matraquer l’info », et non « envoyer un signal fort ».
On devrait dire « ghettos de la misère », et non « quartiers sensibles ».
On devrait dire « propagande », et non « communication ».
On devrait dire « loi de la jungle », et non « droit des affaires ».
On devrait dire « ni vu ni connu, j’t’embrouille », et non « gagnant /  gagnant ».
On devrait dire « démolition du droit du travail », et non « concurrence libre et non faussée ».
On devrait dire « étouffer les contradictions  », et non « chercher un consensus ».
On devrait dire « EVR (exploitation des ventres reproducteurs)  », et non « GPA (gestation pour autrui) ».
On devrait dire « licenciements », et non « restructuration ».
On devrait dire « rafler la mise  », et non « percevoir des dividendes ».
On devrait dire « patron », et non « manager ».
On devrait dire « casser une grève », et non « mettre en place un service minimum ».
On devrait dire « lutte des classes », et non « fracture sociale ».
On devrait dire « Tunisien, Marocain, Algérien... », et non « Maghrébin ».
On devrait dire « chômeur », et non « demandeur d'emploi ».
On devrait dire « lutte des classes », et non « dialogue social ».
On devrait dire « exploitation de la force de travail  », et non « gestion des ressources humaines ».
On devrait dire « traficoter en toute impunité », et non « secret des affaires ».
On devrait dire « planques mafieuses  », et non « paradis fiscaux ».
On devrait dire « piétiner les accords syndicaux  », et non « inverser la hiérarchie des normes ».
On devrait dire « Etasunien », ou « citoyen des Etats-Unis », et non « Américain » (proposé par M. René-Omar Llored).
On devrait dire « intégriste », et non « islamiste » (que serait un « catholiciste » ?) (1) . Et l'on devrait dire « forcené » et non « intégriste » (où est l'intégrité ?).
On devrait dire « destruction morale des sujets exposés aux conditions extrêmes de la course au rendement », et non « burn-out » (2).
On devrait dire « Qu'il se débrouille tout seul ! », et non « La balle est dans son camp ».
On devrait dire « Nous sommes en train de tomber », et non « Nous allons rebondir ».
On devrait dire « consulter le peuple  », et non « faire du populisme  ».
On devrait dire « La France ne tire pas profit de l'accueil des immigrés » (ce qui est par ailleurs rigoureusement faux), et non « La France n'a pas vocation à accueillir toute la misère du monde ».
On devrait dire « capitalisme », et non « économie de marché ».
On devrait dire « proférer des obscénités », et non « déraper ».
On devrait dire « faire le pitre pour amuser la galerie », et non « faire le buzz ».
On devrait dire « chaîne de production », et non « process de production ».
On devrait dire « verser des larmes de crocodile », et non « faire du compassionnel ».
Quand on entend parler du « vivre-ensemble », il faut comprendre : « Chacun pour soi, et n'emmerdez pas les voisins ! ».
On devrait dire « racisme anti-arabe », et non « islamophobie ».
On devrait dire « obscène », et non « décomplexé ».
On devrait dire « exilés », et non « migrants ».
On devrait réaliser une information authentique, c'est-à-dire développer une analyse rationnelle et critique des événements, et non « décoder les fake news ».
On devrait dire « Les membres du Comité pour xxx  », et non « Le Comité des Sages pour xxx ».
On devrait dire « suivre la consigne », et non « appliquer la feuille de route ».
On devrait dire « anti-austéritaire », et non « populiste ».
On devrait dire « démocrates », et non « souverainistes ».
On devrait dire « néofascisme », et non « illibéralisme » (qui n'est par ailleurs que la radicalisation du « néolibéralisme »...) (3).
On devrait dire « tous les coups sont permis », et non « discuter sans tabou ».
On devrait dire « omertà », et non « secret des affaires  ».
On ne devrait pas opposer les « libéraux » aux « illibéraux », puisque tous deux partagent, très exactement, une seule et même politique économique (4). On devrait opposer les « Austéritaires » aux « Anti-austéritaires ».
On devrait dire « langue de bois », et non « éléments de vocabulaire ».
On devrait dire « je refuse d'écouter », et non « c'est dans mon ADN ».
On devrait dire « Toute discussion est inutile, car tel est mon bon plaisir », et non « J'assume complètement ».

 A suivre...

 


NOTES

1- Voir Antoine Perraud, « Terrorisme : la langue inopérante », Mediapart, 22 juillet 2016

2- Le recours aux langues étrangères permet d’escamoter ce qu’on juge déplacé. A cette fin, on recourait autrefois au latin, et Freud écrivait coitus a tergo, ou coitus more ferarum, pour éluder la crudité du sens littéral. A cette même fin, les « élites » moins lettrées d’aujourd’hui préfèrent l’anglais, ou plutôt le seul anglais qu’elles connaissent : l’anglais des affaires.

3- On lira à ce propos, dans l'édition de Mediapart du 29 juin 2018 l'article d'Eric Fassin, « Le moment néofasciste du libéralisme », version complète du même article publié le même jour en version abrégé dans Le Monde.

4- Certains s'étonneront peut-être d'une telle affirmation : en ce second semestre de l'année 2018, le très libéral Emmanuel Macron ne s'aligne-t-il pas docilement sur les normes de l'orthodoxie, tandis que l'illibéral Matteo Salvini conteste violemment les contraintes imposées par la Commission européenne ? Cette opposition, abondamment développée par la presse, n'est cependant qu'un trompe-l'œil : les deux politiques, la française comme l'italienne, sont en vérité très semblables et ne contestent nullement le cadre de l'austérité budgétaire. C'est le ton, plutôt que le fond, qui heurte Bruxelles. Il s'agit moins de corriger un budget que de mater une insolence. Il s'agit de savoir qui sera le maître. On lira sur ce point le remarquable article de Romaric Godin dans Mediapart : « Entre Macron et Salvini, une vision économique partagée » (16/10/2018).